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Au Luxembourg – Table ronde “Haïti : sur les chemins du développement”

20.01.2012

Près de 100 participants assistent au débat sur l’avenir d’Haïti.

C’est devant une salle comble composée de près de cent participants, que s’est déroulée jeudi 26 janvier 2012, la table ronde “Haïti : sur les chemins du développement”. Organisé conjointement par sept organisations luxembourgeoises présentes en Haïti (voir ci-dessous*), dont MSF Luxembourg, le débat avait pour but de dresser un état des lieux de l’avancement du développement d’Haïti, deux ans après le terrible séisme qui a fait plus de 200.000 victimes. Il était animé par Claude Frisoni, directeur du CCRN Abbaye de Neumünster.

Christophe Wargny, historien, auteur du livre «Haïti n’existe pas», a ouvert le débat avec une esquisse volontairement polémique du contexte historique, politique, économique et religieux de Haïti, un pays selon lui victime de la « tectonique de la misère ». Colonie française la plus riche du monde à l’époque napoléonienne, « Haïti vit désormais dans l’ostracisme le plus complet », a-t-il affirmé. M. Wargny a fustigé l’ « incapacité des élites à faire sortir Haïti des ornières. Haïti est placé sous tutelle, embargo, et autres menaces qui font que finalement, le pays n’existe pas ».

Citoyenne haïtienne engagée dans des projets humanitaires, Maud Piccant a davantage mis l’accent sur la faculté de résilience de la nation haïtienne. « L’Haïtien a perdu confiance en lui. Mais avec du respect, de l’écoute, des programmes d’éducation et de formation, on peut l’aider à valoriser ses richesses », a-t-elle dit.

« Haïti est un pays mal aimé », a rétorqué le Dr. Michel A. Péan, Président de la Société Haïtienne d’Aide aux Aveugles. La communauté internationale et les élites locales n’aident pas le pays à se relever, selon lui. Contrairement à la République dominicaine, Haïti souffre d’un manque cruel d’investissement qui ne permet pas d’entrevoir les mêmes perspectives de développement que sa nation voisine. Toutefois, l’ancien Secrétaire d’Etat haïtien à l’Intégration des Personnes Handicapées a affirmé que des avancées étaient possibles, « à condition de faire preuve de courage ».

Monsieur Charles Goerens, député au Parlement européen, a tenu à souligner le rôle primordial de l’agriculture dans le développement d’Haïti. « Nous sommes dans une situation absurde où ceux qui ont vocation à nourrir le monde, sont ceux qui meurent de faim », a dit l’ancien ministre luxembourgeois de la Coopération et de l’Aide Humanitaire. L’Union européenne « pourrait faire la différence » en octroyant des aides supérieures à celles promises jusqu’à présent.

L’aide internationale fournie par les ONG en Haïti a également fait l’objet d’un échange passionné entre les orateurs. Alors que Madame Piccant critique la présence de certaines ONG « qui font plus de mal que de bien », en revanche, M. Wargny observe que « de nombreuses ONG fournissent une aide de qualité, sans laquelle Haïti serait dans un état encore plus désastreux ». Le Dr Péant a rappelé : « Le principal responsable, c’est l’Etat, qui doit contrôler l’aide internationale afin qu’Haïti ne devienne pas la République des ONG ».

A l’issue de la table ronde, Claude Frisoni a admiré « la grande qualité du débat mené par des orateurs qui osent dire ce qu’ils pensent sans manipuler la langue de bois ».

Initialement prévu à la table des orateurs, S.E. Monsieur Raymond Magloire, Ambassadeur de Haïti à Bruxelles, a dû décliner l’invitation des organisateurs afin de répondre à des obligations imprévues.

* La table ronde était organisée par Objectif Tiers Monde – Haïti, Handicap International, Caritas, Croix-Rouge, Kindernothilfe, MSF, SOS Villages d’Enfants Monde ainsi que le Cercle de Coopération des ONGD.

 

 

Photo : © Nicolas Bouvy