2755
22 millions de personnes en danger de mort au Yémen

Yémen: 22 millions de personnes en danger de mort

12.11.2018

La Croix-Rouge luxembourgeoise a lancé une pétition en ligne et appelle tous ceux qui souhaitent voir la communauté internationale agir pour mettre fin à ce conflit dans le respect du droit international humanitaire à la signer.

Entre les combats, la famine et les risques épidémiques, les trois quarts de la population yéménite sont aujourd’hui en danger de mort. La Croix-Rouge luxembourgeoise soutient le CICR dans son appel aux responsables politiques: ils doivent faire cesser ce conflit.

Un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, alors que le Forum de Paris sur la Paix accueille des dizaines de chefs d’État et de Gouvernement, le Yémen est dévasté par un conflit qui dure depuis trop d’années. Comme l’a souligné le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) il y a quelques jours, de sérieux efforts politiques sont indispensables si l’on veut mettre un terme à la guerre qui ravage le pays. Cela ne sera possible que grâce à un véritable engagement de la communauté internationale.

«La population fait face à deux terribles menaces: la guerre et la faim. Dans ce conflit, ce sont les civils qui paient le plus lourd tribut. Ils sont des millions à avoir été déplacés; des millions à se coucher chaque soir le ventre vide», explique Fabrizio Carboni, directeur régional du CICR pour le Proche et le Moyen-Orient.

La semaine dernière, les combats se sont intensifiés autour d’Hodeïda (4e plus grande ville du pays, située à l’ouest sur la côte de la Mer Rouge). L’hôpital Al-Thawra, le plus grand de la ville, n’est qu’à quelques mètres de la ligne de front. «On peine à décrire à quel point la situation est dramatique au Yémen. Ce pays a plus que jamais besoin d’entrevoir une lueur d’espoir» indique M. Carboni. Trop souvent, les personnes ne possèdent que les vêtements qu’ils portent et ne survivent que grâce à un peu de riz ou à une bouillie faite de farine et d’eau, quand ils parviennent à se procurer quelque chose à manger.

Lourdement endettées et fortement fragilisées, des millions de personnes ne mangent qu’un repas par jour. «De nombreuses familles yéménites doivent choisir chaque jour entre s’acheter de la nourriture ou se procurer des médicaments», ajoute M. Carboni. Le coût de la vie a explosé: les prix de la farine, du sucre, du riz et du lait ont enregistré une hausse de 30% en un mois. Ces denrées sont devenues inaccessibles pour la plupart des foyers modestes qui ont vu leurs économies fondre au fil des longues années de conflit. L’eau potable et les médicaments sont devenus hors de prix. Le choléra, la rougeole et d’autres maladies infectieuses connaissent une forte recrudescence.

Durant le premier semestre 2018, le Comité International de la Croix-Rouge a fourni une assistance alimentaire à 500 000 Yéménites. Il a aussi aidé plus de 2 millions de personnes à avoir un meilleur accès à l’eau potable. Enfin, plus de 14 000 personnes blessées au cours du conflit ont été prises en charge dans 15 hôpitaux soutenus par le CICR dans différentes régions du pays.

Pour Marc Crochet, directeur général adjoint de la Croix-Rouge luxembourgeoise, «il y a d’énormes besoins humanitaires sur place. Le CICR a besoin de soutien pour continuer sa mission, qui est loin d’être terminée. Et puis il faut être clair sur une chose: l’action humanitaire n’est pas une réponse politique. Le travail de terrain pour soulager la souffrance des personnes vulnérables est nécessaire. Mais il ne remplacera pas le travail diplomatique et politique qui doit être fait pour que ce conflit cesse… Il faut rétablir la paix et reconstruire le pays. Et ça ne peut se faire qu’avec la communauté internationale. Elle doit prendre ses responsabilités.»

Peter Maurer, président du CICR, souligne que la malnutrition est le problème central de la crise actuelle au Yémen: «L’insécurité alimentaire est le résultat d’un conflit prolongé. C’est le résultat de systèmes de santé défaillants, d’infrastructures endommagées et d’économies en ruines. C’est le résultat de violations constantes du droit international humanitaire et de la dignité de la vie humaine.» L’échelle des difficultés est impressionnante. Au Yémen, 22 millions de personne, soit les trois quarts de la population, ont besoin d’assistance humanitaire. Deux Yéménites sur trois vivent dans une situation d’insécurité alimentaire.